L'art de l'horlogerie vente du 25 avril : l'Homme et le Temps
L’Homme et le Temps
Le Temps, mortel ennemi de l’homme, est vainqueur à tous les coups sans tricherie comme se plaît à le rappeler Baudelaire.
Oui mais l’homme ne courbe pas l’échine si facilement… c’est mal le connaître…
L’Homme a su apprivoiser ce « gosier de métal qui parle toutes les langues»* en le rendant moins terrifiant. Fini les représentations de vieil homme barbu armé d’une faux symbolisant le Temps prêt à couper le fil de la vie.
Les artisans des XVIIIème et XIXème siècle ont des sources d’inspirations multiples pour parer leurs pendules d’atours séduisants propres à défier le temps, notre vente du Samedi 25 avril à 14h15 en est l’illustration parfaite. Les pendules vous invitent dans des univers variés… voyons plutôt…
NATURE & ARCHITECTURE
Ce cartel du siècle de Louis XV, en placage de bois précieux, sur sa console murale (N°174) voit s’épanouir une ornementation de bronze doré et ciselé représentant un paon au milieu d’un décor à la veine naturaliste. Cet animal symbole de la confiance en soi mais aussi de l’immortalité, ne semble en rien inquiet du temps qui passe. La société du XVIIIème siècle renoue avec les douceurs qu’offre la nature, Watteau et Rousseau ne nous contrediront pas.
Fiers, également les temples antiques aux frontons et pilastres qui ont su terrasser le temps. Joli prodige de la pierre et belle inspiration pour une pendule. C’est ainsi que nait la pendule portique. L’un des plus grands succès du temps de Louis XVI. Sous le numéro 177, nous présentons un exemple de cette production élégante et symétrique. Mascaron rayonnant, aigle aux ailes éployées, guirlandes, cannelures rudentées en bronze doré se détachent sur le marbre blanc et noir pour écarter le deuil et le linceul et insuffler à ce modèle un souffle de vie.
ALLEGORIE & MYTHE
Envisageons à présent, le temps sous un nouvel angle : le jour et la nuit, entre les deux, l’Aurore.
Sur notre pendule borne (un modèle très en vogue au début du XIXème siècle) la voici triomphante, cette belle femme vêtue à l’antique aux ailes déployées soutenant le cadran en émail blanc. Elle repousse les ténèbres, grâce à ses torches enflammées de part et d’autre de la pendule. Sur la base en bronze doré le soleil vient remplacer la lune et au sommet la lampe à huile est sur le point d’être éteinte. La vie va reprendre, un nouveau jour se lève.
Le temps : une notion subjective. Bien sûr.
La patience est une vertu assurément. Notre spectaculaire pendule de la fin de l’époque Empire inspirée des métamorphoses d’Ovide représente Alcyone qui attend assise sur une chaise à l’antique. Le sablier est là, le temps passe. Son mari bien-aimé est parti en mer. Elle regarde vers son passé heureux. Tant qu’il n’est pas revenu point de futur.
Dans sa main, un miroir pour regarder derrière elle ou est-ce le symbole de la prudence ? Dans sa main, une couronne de fleurs symbole de son amour et de sa fidélité. Prudente elle l’est. Elle n’en finit plus de faire des offrandes à Junon pour préserver la vie de celui qu’elle aime.
Hélas ce dernier n’est plus. Junon, désireuse d’informer Alcyone du trépas de Ceyx, convoque Iris afin qu’elle aille trouver le Sommeil. Arrivée dans la grotte de ce dernier, Iris le découvre dans la pénombre couché sur un vaste lit entouré de ses fils les Songes. Le Sommeil pour accomplir cette mission, désigne son fils Morphée afin qu’il prenne les traits du mari d’Alcyone et qu’il aille la trouver afin de l’avertir de son naufrage. Morphée s’exécute.
Alcyone sait. Elle court vers le rivage et voit le corps de son mari flotter dans les eaux. Le temps doit s’arrêter. Sa vie aussi. Elle devient maître du temps et en un instant saute du haut d’une digue. C’est sans compter sur les dieux… Alcyone se métamorphose en cygne et embrasse son mari de ses ailes. Les dieux touchés de tant d’amour transforme également Ceyx. Les voici figés pour l’éternité sur la base de notre pendule.
Les balanciers se balancent… et nos yeux aujourd’hui contemplent ces ouvrages des siècles passés… un privilège, un héritage. Un défi au temps.
· Baudelaire, L’horloge, Les fleurs du Mal.
Expositions publiques à l'hôtel des ventes: vendredi 24 avril de 14h à 18h30 et le samedi de 10h à 12h.
Catalogue visible sur ce site.







